| English |
|
Cohésion sociale et tolérance
Introduction
Depuis le début des années 1990, les activités de recherche et délaboration de politiques entreprises par les organismes gouvernementaux, intergouvernementaux et non gouvernementaux tournent de plus en plus autour des questions liées à la « cohésion sociale », et non plus des enjeux économiques, comme cétait le cas dans les années 1980 (voir Serageldin, 1995). Par exemple, ces questions ont constitué le thème central de la conférence HABITAT II des Nations Unies, en 1996, du Sommet mondial des Nations Unies pour le développement social, en 1995, et du colloque de Roskilde (parrainé conjointement par lUNESCO, lOrganisation mondiale de la santé, lOrganisation internationale du travail et la DG XII de la Commission européenne), qui sintitulait « De lexclusion sociale à la cohésion sociale : un programme stratégique » Cette attention croissante accordée aux questions relatives à la cohésion sociale se manifeste également sous dautres formes. Aux États-Unis, par exemple, on affirme que, parallèlement aux appels au « communitarisme » et à la « citoyenneté active » qui se font de plus en plus nombreux, une « vague de renouveau civique » balaie le pays (The Guardian, 8 janvier 1997). Au cours de lannée qui vient de sécouler, les États-Unis ont été inondés détudes, de livres et de conférences traitant de ce sujet, sans parler de la fondation, au coût de 35 millions de dollars, de lInstitute for Civil Society. En novembre 1996, à loccasion de la création de la National Commission on Civic Renewal, le sénateur Sam Nunn a fait observer que ces préoccupations au sujet de la cohésion sociale sont nées de « lémergence dun large consensus, tant chez les spécialistes que parmi les citoyens ordinaires, au sujet du fait que la qualité de notre vie publique et civique a décliné de façon alarmante au cours des dernières décennies. » De toute évidence, bon nombre de ces préoccupations et questions consensuelles témoignent dune aspiration commune : rétablir lharmonie sociale présumée perdue. Cest la nostalgie -- comme bien dautres formes de nostalgie -- dune chose qui na jamais existé. Reste que les indices dune possible désagrégation de la société se multiplient : taux de criminalité élevé, montée du chômage, problème des sans-abri, méfiance grandissante à légard de ses propres voisins et des pouvoirs publics, détérioration de la qualité des services sociaux, résurgence des manifestations de racisme et de xénophobie, retranchement dans lapathie politique, pour ne donner que quelques exemples. Dans ce contexte, lidée que limmigration et les immigrants sont en grande partie responsables de la détérioration de la cohésion sociale, quelle que soit la définition quon en donne, est communément et constamment répandue. Lessai qui suit traite de divers concepts, thèmes de recherche et domaines daction se rapportant à lidée de cohésion sociale, particulièrement en ce qui a trait à la place et à la perception des immigrants. Il ne prétend pas couvrir lensemble des questions pertinentes, dont la plupart ont déjà donné matière à de nombreuses études (voir notamment Portes & Böröcz, 1989; Heisler, 1992; Bauböck, 1994a; Weil & Crowley, 1994; Janoski & Glennie, 1995; Portes & Rumbaut, 1996; Lindburg & Niessen, 1996; Decoufflé, 1996; McAndrew & Weinfeld, 1996; Papademetriou, 1996; Weinfeld, 1997). En outre, aucune définition précise de la cohésion sociale nest ici proposée; nous devrions plutôt nous faire une idée générale de ce concept - et des aspects de limmigration qui sy rapportent - à la lumière de notions, questions, perspectives et analyses diverses.
|