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Le Projet international de Metropolis coordonne un ensemble d'activités exécutées par des membres d’organisations de recherche et d’élaboration de politiques publiques qui partagent l’objectif d’améliorer les politiques sur l’immigration par l’application des résultats de la recherche universitaire.

 
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Montréal : laboratoire de cosmopolitisme entre deux mondes

 

1. Une ville, une île, une métropole, une région : la formation du cadre urbain

L'histoire de Montréal est loin de représenter un intérêt anecdotique pour la question qui nous concerne; elle illustre au contraire, d'emblée, les ambiguïtés entre lesquelles les immigrants vont naviguer pour se tailler peu à peu une place somme toute plutôt confortable dans cette ville unique en Amérique.

Fondée en 1642 par ces Messieurs et Dames de la Société Notre-Dame de Montréal pour la conversion des Amérindiens de la Nouvelle-France, Montréal est née d'un projet missionnaire. À la différence des autres établissements coloniaux en Amérique du Nord, elle n'est à ses débuts ni une colonie de peuplement ni le fruit d'une aventure économique. Nous verrons plus loin que l'emprise de l'Église sur la société québécoise jouera un rôle capital dans la formation d'un espace urbain socio-culturellement segmenté. Mais on notera aussi que les origines de la ville sont d'emblée associées à une mission collective forte.

Le projet des dévots qui ont fondé Ville-Marie — premier nom de Montréal — va toutefois bien vite céder la place à des intérêts nettement plus prosaïques. Le commerce des fourrures amène les «coureurs des bois»à explorer le continent, de la Baie d'Hudson jusqu'au golfe du Mexique et au bassin du Mississipi. C'est que Montréal jouit d'une localisation exceptionnelle : le Saint-Laurent, fleuve immense, forme un axe de pénétration majeur sur le continent nord-américain à partir de l'Océan Atlantique jusqu'aux Grands Lacs où il prend sa source 3 000 km plus loin. À la hauteur de la ville de Montréal, les rapides de Lachine imposent une rupture de charge pour pouvoir continuer vers l'amont. Cette localisation fera la fortune économique de Montréal — «gateway city»— pendant près de trois siècles.

Montréal n'est pas seulement une municipalité : c'est aussi la plus grosse île d'un archipel. L'historien Jean-Claude Robert a comparé la forme de cette île à celle d'un boomerang de 58 km de long par 18 km de large, qui aurait atterri à quelques 1 500 km de l'Océan (Robert, 1994). La deuxième île en importance, l'île Jésus, se situe juste au nord : aujourd'hui elle est le territoire de la municipalité de Laval, la deuxième en importance au Québec.

Le commerce des fourrures ne fut pas un facteur d'urbanisation important pour Ville-Marie, et Montréal resta une petite ville jusqu'à la conquête de la Nouvelle-France par les armées de l'Empire britannique en 1760. Aux côtés des Canadiens français s'installèrent alors des Anglais, des Écossais (l'Écosse connaît alors un décollage industriel important et «exporte»des entrepreneurs dynamiques), des Irlandais (chassés en grand nombre par les famines qui ravagent leur île), ainsi que des Américains (essentiellement des Loyalistes fuyant l'insurrection des colonies américaines à la fin du XVIIIe). Montréal devient donc très tôt à la fois une ville bilingue, avec une majorité d'anglophones entre 1831 et 1866, et une cité aux cultures multiples. Notons tout de suite que ce côtoiement interculturel prend très tôt la forme d'une segmentation spatiale et institutionnelle. Les anglophones sont majoritaires à l'ouest du boulevard Saint-Laurent, les francophones majoritaires à l'est. Les églises et les temples polarisent des territoires distincts. Il y a toutefois un entremêlement des cultures et des religions dans certains quartiers ouvriers.

Au milieu du XIXe siècle, Montréal est le berceau industriel de ce qui deviendra, en 1867, la Confédération canadienne dont elle sera la métropole incontestée jusqu'au début du XXe siècle, voire jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Depuis, Toronto a pris la relève, et Montréal apparaît désormais, en termes géo-économiques, comme la métropole de la province de Québec. Depuis la fin des années 1960, la croissance de l'agglomération est beaucoup plus lente qu'au cours de la première moitié du XXe siècle et ce rythme de croissance très modéré la distingue de Toronto et de Vancouver, cette dernière restant toutefois de taille beaucoup plus modeste que Montréal. Ce ralentissement préjudiciable à bien des égards a, par contre, permis une certaine pérennité du tissu urbain et social. Montréal est certes une métropole de taille moyenne, mais sans les inconvénients habituellement associés à la grande ville. La convivialité de plusieurs de ses quartiers et de son centre-ville a sans doute été favorisée par cette croissance modérée.

Avec le développement des banlieues tout au long du présent siècle, l'urbanisation s'étale au-delà de l'île, jusqu'à engendrer une agglomération polynucléique. Aujourd'hui, Montréal se présente comme une ville-région de 3 326 510 habitants, fortement fragmentée : 102 municipalités de tailles inégales y défendent leur autonomie, et ce d'autant plus que l'une d'entre elles, la Ville de Montréal, totalise à elle seule 1 017 669 habitants. Les 29 municipalités de l'île de Montréal sont regroupées en une organisation fédérative appelée Communauté urbaine, qui regroupe 1 775 846 habitants, selon les données du recensement de 1996.

L'ensemble de la région métropolitaine de Montréal représente 45,3 % de la population du Québec (et 11,5 % de la population canadienne).

Nous verrons ultérieurement l'importance de ces données géopolitiques face à la géographie de l'immigration : à bien des égards, Montréal fonctionne comme une île au sein du Québec, mais une île d'importance stratégique !

Jusqu'à la fin du XIXe siècle, Montréal n'est pas vraiment perçue comme une ville cosmopolite ni même comme une ville d'immigrants, à l'instar des villes nord-américaines : 98 % de la population de la Ville est en effet d'origine française ou britannique. Par contre, de toutes les villes canadiennes, elle est celle qui incarne le mieux la dualité canadienne. Son paysage urbain témoigne de ce que le géographe David Hanna a appelé une architecture de l'échange : à travers un entremêlement constant des influences françaises et anglo-saxonnes se sont forgés une forme urbaine et un cadre bâti originaux (Hanna 1992). Et chaque culture va laisser en héritage des éléments qui joueront un rôle non négligeable dans l'intégration des nouveaux arrivants. Ainsi, le découpage du sol typique de Montréal, bien différent de la trame orthogonale de la plupart des villes nord-américaines, inscrit dans la forme urbaine, dès le régime de la Nouvelle-France, une tradition de partage de l'espace qui supporte encore aujourd'hui le découpage du territoire en quartiers (Marsan, 1994). Ces quartiers bien identifiés faciliteront l'insertion urbaine des immigrants mais nous verrons que ces derniers ont aussi largement contribué à en maintenir la vitalité. De manière similaire, l'habitat typique de Montréal, le «plex»dans toutes ses variantes, trouve en partie ses racines dans les pays anglo-saxons. Forme d'habitat en rangée faite de logements superposés sur deux ou trois étages, son coût modéré en facilitait l'accessibilité aux nouveaux arrivants. Les immigrants italiens apporteront leur propre version au répertoire des types de plex, et les immigrants portugais seront les premiers dans les années 1960 à réhabiliter et à valoriser leur architecture victorienne jusque-là dénigrée par de nombreux natifs !

De façon générale, le marché de l'habitation peut être qualifié de fluide : le taux d'inoccupation (plus de 6 % dans les immeubles privés de trois logements ou plus, ces dernières années) et la proportion modeste de logements en propriété (26,5 % selon les données du recensement de 1991) dans la ville centrale expliquent en partie cette fluidité. Par ailleurs, les coûts de l'habitation, plus modérés à Montréal qu'à Toronto ou à Vancouver, jouent également sur l'accessibilité du logement. Montréal apparaît donc comme une ville où l'insertion résidentielle des nouveaux arrivants est relativement aisée, du moins en théorie.

La forme urbaine de l'agglomération mérite aussi d'être signalée comme un des éléments significatifs du contexte urbain dans lequel s'effectue l'intégration des immigrants. Comme les autres métropoles canadiennes et à la différence de celles des États-Unis, l'agglomération montréalaise s'étale en périphérie tout en réussissant à garder un centre-ville dynamique et des quartiers centraux habités. Sa forme urbaine relativement compacte si on la compare aux standards nord-américains se double d'un tissu social que l'on peut qualifier de mixte : si la prédominance des familles de classe moyenne est un trait majeur des banlieues de la périphérie, le centre de l'agglomération est habité par des ménages dont les revenus correspondent à un large éventail. On note certes une paupérisation inquiétante de plusieurs secteurs de la ville centrale, mais la gentrification n'est pas négligeable et plusieurs secteurs de l'île, y compris le centre-ville, abritent des populations aisées. Cette mixité sociale caractérise même le profil de la population de plusieurs quartiers.

Avant d'examiner comment s'inscriront les différentes vagues de l'immigration internationale dans ce contexte urbain et comment elles contribueront à leur tour à le façonner, il importe de présenter quelques caractéristiques générales de l'immigration au Québec.

 

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